They live!!!

2 février 2010

They Live (1988) John Carpenter

Par quel film peut-on démarrer un blog de SF? Faut-il se résoudre à chercher avant Starwars, une vieille face d’extra-terrestre d’après-guerre? Je préfère commencer par la période la moins SF du siècle dernier… la fin des 80′s!! Une belle époque où l’on portait les jeans à l’envers en écoutant boys 2 men… De manière générale, c’est une zone obscure artistiquement mais que j’affectionne. C’est une époque-blague. Alors quand on est un génie du cinéma comme John Carpenter et que son “momentum” est derrière (on va dire d’Haloween en 1978 à Christine en 1983), que fait-on? He bien un film-blague!

Oui, lui. Il se trouve que Roddy Piper est une “célébrité” américaine, un ex-catcheur. Et ce catcheur est donc l’acteur principal du film. Acteur. Sa jolie silhouette hollywoodienne de playboy à nuque longue hésite entre le Mel Gibson des mauvais jours et le Chuck Norris des bons. Et ce comédien aka Nada dans l’histoire se retrouve à chercher un boulot de chantier. En quête d’un peu de pain, il aboutit chez des refugees en face d’une église évangéliste tenue par un noir aveugle. L’esthétique joue dès le départ sur des contrastes à l’emporte-pièce entre la pauvreté et la crasse ambiante et l’omniprésence de la télévision et ses présentatrices érotico-berlusconiennes. La télévision, seul fenêtre sur un monde meilleur. Par un concours de circonstances improbables, il va se trouver en possession de lunettes noires qui, une fois sur le bout de son nez en patate, lui font découvrir une toute autre réalité. A travers elles, il s’aperçoit que les rues, les murs sont envahis de mots géants comme Obey, Marry, Spend Money. Des extra-terrestres à faces de mouche envoient des messages de propagande dissimulés dans tous les médias imaginables, de l’enseigne de magasins, au programme télé en passant par l’affiche sexy sur un pan entier de building (cf la photo-titre). Et seules ces lunettes permettent de deviner le vrai visage de ces êtres venus d’ailleurs. Ils se fondent parmi les humains mais sont en réalité des vilaines choses d’un autre système mais maîtrisant clairement toute les recettes marketing du XXeme siècle. S’en suit des scènes burlesques où Roddy dans une épicerie insulte ces créatures déguisées sans la moindre crainte pour sa vie. L’absurdité des séquences en devient kafkaïenne: on se demande s’il ne délire pas. Moi je me demandais si Norman Bates de Psychose n’avait pas en fait une mère extra-terrestre…

“They Live” est en fait un des rares films fantastiques à utiliser la bêtise de son héros comme moteur de l’intrigue. Il trébuche, cogne comme dans un western spaguetti et, une fois poursuivi par les aliens, se déplace à deux à l’heure, le fusil sur l’épaule. Le contraste est saisissant quand la rencontre avec les médias se fait au sens propre. Il se cache chez une “jolie” (selon l’esthétique “blush et rimmel” de cette époque) présentatrice télé. Une actrice au regard bleu, sans présence ni dialogues. La romance tournera vite court. S’en suit ma scène favorite et la plus extraordinaire démonstration de “comment vaincre le scepticisme des hommes alors que l’envahisseur est là”. Son pote de chantier, au sens biblique bien sûr, un brave black grognon, le voit s’emparer d’une boîte contenant les fameuses rayban de l’espace. Nada va devoir le convaincre de leur utilité. S’en suit un combat à mains nues interminable, avec fausses fins, attrapé-roulé et vitre arrière de Ford bousillée. Notre catcheur au grand coeur réussit à faire retrouver la raison à son pote en caterpillar. Ce duo classique pour l’époque -un mec baraque aux cheveux trop longs, un ami des minorités qui a de la “tchatche”- entreprend alors la chasse aux aliens tous déguisés en ministres, Benjamin Castaldi ou Claire Chazal…

Pour résumer, c’est un peu “L’arme fatale” rencontre V (les visiteurs). Mais tout le charme de “They Live” réside dans le personnage de Dana, le redneck, le white trash en chemise à carreaux, les grosses fesses dans son jean trop clair mais prêt à mitrailler de l’alien en costard… La mince satire sociale où forcément les aliens sont aux postes importants, aux médias ou à la politique est si lourde qu’elle en est jouissive. Carpenter démontre surtout le manque de relief et d’humanité qui transparait dans la culture américaine. Il filme l’âme perdue américaine aussi finement que Stephen King l’écrit. C’est-à-dire avec ironie, réalisme et perfidie…

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